Bonjour à toutes et à tous,

La dernière bulle sans vent est derrière moi ! On a réussi à slalomer entre la majeure partie des pièges météo devant chez l’Oncle Sam, mais hier soir, il y en a eu une petite que l’on n’a pas pu éviter… Bon, j’en ai profité pour manger chaud, et ranger un peu le bateau … Et puis heureusement ici il faisait encore jour, du coup c’est tout de même plus simple de lire le plan d’eau, chasser les risées (*) ou le nuage plus gris que les autres sous lequel on cherche un peu de vent…

J’y suis resté englué 3h. Un moment magnifique d’ailleurs, pas besoin de GPS ou de compas, l’étrave tournée en direction du soleil couchant vous indique que vous allez dans le bon sens. Puis Eole a balayé tout cela en disant « basta, ça suffit » et il a remis le ventilateur sans le pousser trop fort, juste ce qu’il faut. En plus le vent est revenu du bon côté … bâbord amure (**) … mais chut ! je ne peux rien dire avant d’avoir passé la ligne…
Ah la ligne … c’est drôle quand on y pense : onze jours à ne penser qu’à elle, à barrer, à manœuvrer, à cogiter pour traverser un océan avec cette petite centaine de mètres virtuels comme objectif. Elle mesure combien? 0,00000001% de la distance parcourue? et pourtant ce qu’elle représente est énorme! Défi, sacrifice, abnégation, courage, ténacité … pour passer entre un bateau et une bouée, entendre un coup de corne et que le chrono s’arrête. Mais en même temps c’est merveilleux, c’est l’aboutissement, l’achèvement … ça grave dans le marbre.
Cette ligne, je pense la passer demain samedi entre 14h et 18h (heure de Paris) … c’est encore vague, mais c’est le lot du marin : « on sait quand on part, on ne sait pas quand on arrive ».
En même temps, là, je marche à 22/ 25 nœuds, donc si ça continue comme ça, ce sera plus tôt…

(*) petites rides dessinées par le vent sur la surface de l’eau.
(**) recevoir le vent sur le côté gauche du bateau.

A très vite,
Tous derrière Gilles J